1. Un texte anglais simpliste par rapport au texte original russe.
Titannie observe alors : « Les textes anglais ont l'avantage d'être sans ambiguïté et d'une simplicité qui, je l'admets, est parfois désolante, mais qui, vous en conviendrez sans doute, ne pose pas de sérieux problèmes de compréhension, pour autant que l'on possède une connaissance de base de l'anglais. »
Elle insiste ensuite sur ce point : « C'est une erreur de considérer les textes anglais comme des traductions des textes russes. Les textes anglais sont, à la rigueur, des adaptations des textes russes, mais en aucun cas ne doit-on parler de "traductions".
La comparaison entre la signification de All the things she said et celle de Ya soshla s uma l'illustre à merveille. L'idée de la phrase anglaise ne rejoint aucunement celle de la phrase russe, et l'idée de la folie ou de cette impression de devenir fou, n'est rendue que très faiblement dans le texte anglais lorsque Lena dit : « But it's driving me mad, going out of my head », alors que cette idée revient constamment dans le texte russe.
Ainsi, dans les paroles anglaises de la chanson, la rencontre de ces deux jeunes femmes apparaît comme une simple aventure, un simple trouble de l'adolescence, un simple désir sexuel, sensuel. Dans la version russe, c'est une véritable histoire d'amour.
Ceci explique pourquoi, dans les pays où l'album russe n'est pas vendu, les médias et le public en général ne semblent voir la relation entre Lena et Yulia que sous son aspect sexuel, sans tenir compte des sentiments qu'éprouvent les deux jeunes femmes l'une envers l'autre. Je comprends mieux l'étonnement d'Elena et de Yulia lorsqu'elles constatent que les médias et les journalistes ne semblent s'intéresser qu'à leur vie sexuelle, de même que l'irritation de plus en plus grande qu'elles semblent éprouver face à cet état des choses. »
2. Une explication pour comprendre ce décalage entre le texte original russe et les paroles anglaises.
Titannie propose alors une explication des plus pertinentes pour comprendre ce décalage entre le texte originel russe et la soi-disant traduction du texte anglais (traduction suggérée par le fait que les clips en langue russe sont semblables aux clips en langue anglaise). Pour elle, au-delà de la problématique d'une censure des textes russes dans la version anglaise, on doit également se poser la question de « quelle adaptation de ces textes russes ? ».
« Quant à l'insidieuse censure des textes anglais par rapport aux textes russes, je vous répondrai qu'à mon humble avis, il ne s'agit pas autant de censure que d'élitisme. Je m'explique.
Si l'on admet de plein gré que 200 km/h in the Wrong Lane est un produit purement commercial, il faut donc le voir comme un produit de consommation qu'on doit vendre au plus grand nombre de personnes possible. Or, le plus grand nombre, c'est le peuple. Et selon l'élite américaine, le peuple, c'est une bande d'imbéciles.
À l'époque où je fréquentais l'université, l'un de mes professeurs m'avait confié que tous les manuels d'instructions de produits américains destinés aux consommateurs étaient écrits de façon à ce qu'un enfant de 10 ans arrive à comprendre la marche à suivre. Donc, pour l'élite américaine, l'âge mental de la population se situe autour de 10 ans. »
Ainsi, la soi-disant traduction anglaise des paroles russes du duo Taty serait une adaptation pour débiles mentaux. Car il est clair qu'ici, « enfant de dix ans » signifie « débile mental ». Ce qui indique un mépris certain pour les enfants. Ce choix de la bêtise au détriment de l'intelligence nous semble terriblement inquiétant pour notre système démocratique, à un point que l'on peut se demander : « Pourquoi l'intelligence fait-elle peur ? » Est-ce parce qu'elle est la meilleure arme contre toute forme de despotisme ? Et lorsque le président d'une grande chaîne de télévision explique que son travail consiste à vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible [1], on comprend encore mieux pourquoi l'intelligence fait peur.