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LENA (TATY) : « YOU KNOW WE'RE NOT GOING TO GIVE A STRAIGHT ANSWER ! »
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LENA (TATY) : « YOU KNOW WE'RE NOT GOING TO GIVE A STRAIGHT ANSWER ! »



T.A.T.U DANS LA PRESSE


mardi 16 décembre 2003, par titannie.
Presse anglophone : l'art de déformer les propos.
Lena (Taty) : « You know we're not going to give a straight answer ! »
Où il est question de rétablir la vérité à propos de Yulia et d'Elena.

« Êtes-vous réellement lesbiennes ? » Cette question, Yulia et Elena ont dû entendre un millier de fois, car elle revient sans cesse dans presque toutes les entrevues qu'elles accordent. Nous nous proposons ici de rétablir la vérité en analysant une réponse de Lena à l'un de ces journalistes. Cette réponse, où la jeune russe manie avec humour les diverses significations du terme anglais straight, a été reprise dans le monde entier.

1. La réponse de Lena.

Harcelées par la fameuse question « êtes-vous réellement lesbiennes [1] ? », Yulia et Lena y répliquent d'abord de plein gré et en toute bonne foi. Dans une entrevue télévisée accordée à la chaîne américaine MTV, Lena s'explique en ces termes : « Je ne sais pas comment décrire la relation qui nous unit [Yulia et moi]. Nous sommes amies, nous sommes soeurs, nous sommes amantes. Tout le monde croit que nous sommes lesbiennes, mais en vérité, nous nous aimons, tout simplement. »

Ces paroles montrent clairement que le sentiment que partagent Lena et Yulia est d'abord amoureux, et que la relation qu'elles vivent ne se limite pas à l'aspect sexuel. L'incrédulité des journalistes, toutefois, pousse rapidement les deux jeunes femmes au sarcasme, et les réponses qu'elles font aux journalistes sont de plus en plus empreintes de cet humour typiquement russe dont elles useront sans parcimonie. C'est ainsi que Lena [2] rétorque à un journaliste très peu imaginatif : « Maybe and maybe not. You know, we're not going to give a straight answer. / Peut-être que oui, peut-être que non. Vous savez bien que vous n'arriverez pas à nous faire dire ce que vous voulez. » Cette répartie pleine d'humour a fait le tour du monde [3].

2. L'interprétation simpliste des journalistes.

Les journalistes, comme Kevin O'Flynn du Moscow Times, préfèrent voir en cette réponse "ambiguë" la confirmation des doutes qui planent sur la légitimité de la relation amoureuse de Yulia et de Lena [4]. Il ne leur vient pas à l'idée que deux jeunes femmes de 17 et 18 ans n'aient nullement envie de se voir enfermées dans une sexualité figée. Leur conclusion est la suivante : puisque Yulia et Lena refusent de répondre directement à cette simple question, c'est qu'elles ont quelque chose à cacher, et si elles ont quelque chose à cacher, c'est que leur relation amoureuse n'existe pas.

Ce raisonnement, aussi farfelu qu'arbitraire, nous amène à nous questionner sur les motifs réels des journalistes qui les formulent. Est-ce là l'indice d'une frustration refoulée face à l'impuissance de ces messieurs à émouvoir deux éblouissantes jeunes femmes ? Les propos que tient Kevin O'Flynn à Lesbian.com le laissent sous-entendre : « Les membres du duo t.A.T.u. sont aussi lesbiennes que je puis l'être. Tout ça, ce sont des sornettes, et leurs histoires n'ont pas créé trop de remous en Russie. À mon avis, personne n'y croit vraiment. » Nous nous proposons ici de rétablir la vérité en analysant la réponse de Lena à travers les diverses significations du terme anglais straight.

3. Une réponse qui refuse la notion de déviance.

Considérons tout d'abord la citation telle qu'elle fut rapportée par les médias : « You know, we're not going to give a straight answer. » Cette réplique, en anglais, est explicite et à double sens. Elle peut vouloir dire « Vous savez, vous n'arriverez pas à nous tirer les vers du nez », ou encore « Vous savez, vous n'arriverez pas à nous faire dire que nous sommes hétérosexuelles », le terme anglais straight pouvant signifier, en argot, « hétérosexuel ».

Tous les homosexuels connaissent les notions qui opposent les termes anglais gay et straight, et qui font que l'une exclue nécessairement l'autre. En refusant de répondre directement à la question, Lena rejette d'emblée la notion que véhicule le terme straight lorsqu'il désigne l'orientation sexuelle d'une personne.

En effet, lorsqu'il est pris dans son sens le plus strict, straight signifie « droit » ou « en ligne droite ». Le fait d'utiliser ce terme pour parler de l'orientation hétérosexuelle sous-entend que l'orientation homosexuelle est nécessairement déviante puisqu'elle n'est pas straight [5]. En semant délibérément la confusion dans l'esprit des journalistes et du public quant à leur véritable orientation sexuelle, Yulia et Lena cherchent en réalité à invalider cette notion dichotomique de la sexualité. N'ont-elles pas dit un jour qu'elles souhaitaient « banaliser l'homosexualité et marginaliser la stupidité » ?

4. Une réponse qui refuse les étiquettes.

Lena démontre son refus d'être manipulée ou cataloguée en ne permettant pas aux journalistes de lui faire dire ce qu'ils désirent entendre afin qu'ils puissent ensuite lui apposer une étiquette. Les deux jeunes femmes souhaitent ainsi éviter que l'on envisage leur relation uniquement sous son aspect sexuel sans égard aux sentiments qu'elles éprouvent l'une pour l'autre. Lena évoque même un avenir possible : « Peut-être un jour souhaiterons-nous nous marier et avoir des enfants. Peut-être aurons-nous des enfants toutes les deux ensembles. » [6] La jeune femme indique ainsi clairement que les désirs d'engagement des couples homosexuels sont les mêmes que ceux des couples hétérosexuels. Puis elle ajoute, « Yulia serait le père et je serais la mère », se moquant gentiment de cette façon qu'ont beaucoup d'hétérosexuels de concevoir les couples de même sexe selon le modèle « homme et femme ».

5. Conclusion : Une question d'amour plutôt que de sexualité.

En nourrissant incessamment le débat autour de la véritable orientation sexuelle de Lena et de Yulia, les journalistes évitent de poser les vraies questions. L'important n'est pas de savoir si Lena et Yulia sont lesbiennes, bisexuelles ou hétérosexuelles, mais si elles s'aiment vraiment. Les regards échangés, les sourires complices, les caresses furtives et les mille et un petits gestes spontanés que l'on remarque à peine en disent bien plus long sur la relation des deux jeunes femmes et sur les sentiments qu'elles éprouvent l'une pour l'autre que tous les baisers chorégraphiés et les photos suggestives du monde entier. Il est des signes qui ne trompent pas, pourvu que l'on se donne la peine de regarder : l'amour ne rend pas aveugle autant que la mesquinerie.


[1] Le mot anglais rendu ici par « lesbiennes » est lovers, que l'on traduirait généralement par « amantes ». Il est toutefois clair, d'après le contexte, que ce terme fait référence à l'orientation sexuelle de Lena et de Yulia. Nous avons choisi le terme qui rendait cette nuance avec le plus de force.

[2] Plusieurs sites ayant rapporté cette nouvelle attribuent la citation à Yulia. Cependant, deux articles mentionnent que Yulia et Lena sont âgées de 18 ans et de 17 ans, respectivement. Or, Lena est l'aînée du duo, ce qui laisse croire que la citation pourrait bien être d'elle. De plus, les paroles citées sont en anglais, et des deux jeunes femmes, seule Lena maîtrise cette langue. Il est improbable que Yulia, qui a toujours refusé d'apprendre l'anglais, ait été en mesure de formuler une telle réponse sans en saisir les subtilités. Vraisemblablement, le nom de Yulia apparaît donc ici par ignorance, désir de manipulation, ou pure bêtise.

[3] Pour plus de détails, voir les articles (en anglais) de Kevin O'Flynn (« No Straight Answers From Tatu », The Moscow Times) et de Rob Walker (« The underage sex project with a hit record », Slate), ainsi que ceux des sites Lesbian.com, (« Lesbian-Themed Pop Duo Hits #1 », Lesbian.com), PlanetOut, (« Starstruck », PlanetOut) et White Man Killer, (« No Straight Answers From Tatu », White Man Killer). Il est toutefois important de noter que la plupart de ces articles comportent de grossières erreurs. L'article de M. O'Flynn, par exemple, parle du clip de « Po Dvizheniye » (« Prostye dvizheniya »), et ceux de Lesbian.com et de White Man Killer inversent les âges respectifs de Lena et de Yulia. Pareils manquements aux principes fondamentaux du journalisme démontrent l'attitude peu professionnelle des auteurs de ces articles et devraient inciter le lecteur à les considérer avec la plus grande circonspection.

[4] M. O'Flynn va jusqu'à affirmer ceci : « D'aucuns s'entendent pour dire que leur ambiguïté sexuelle n'est qu'une astuce pour gonfler les ventes de leur album. »

[5] Sur ce sujet, lire l'article de carol : « Des médias aux personnes : un décalage de perception du duo russe « Taty ». »

[6] Das, Linda. « You can see we're lovers », Evening Standard, 1er mai 2003.

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