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T.A.T.U. HÉTÉROS ? CHRONIQUE D'UNE DÉSINFORMATION.
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T.A.T.U. HÉTÉROS ? CHRONIQUE D'UNE DÉSINFORMATION.



T.A.T.U DANS LA PRESSE


lundi 17 février 2003, par anne
t.A.T.u. hétéros ? Chronique d'une désinformation.
Analyse d'une manipulation médiatique.

Ces derniers temps, la presse à scandale affirme que les filles de t.A.T.u. mentent et que leur histoire d'amour n'est qu'une promotion commerciale. Qu'en est-il dans la réalité ? Nous allons montrer ici comment on fabrique une splendide désinformation.

1. "On" les accuse d'incitation à la pédophilie.

Rappelons d'abord que début février, on les accusait d'incitation à la pédophilie. Un certain nombre de sites internet ont été abusivement fermés par leurs hébergeurs ou menacés de fermeture. Finalement, la plupart d'entre eux ont pu réouvrir. En effet, cette accusation n'a légalement aucun sens et, de plus, tombe définitivement à l'eau le 20 février, jour de l'anniversaire de Yulia. Mais ce dénigrement a le mérite de fragiliser l'image du groupe t.A.T.u.

Maintenant que leur image est fragilisée, il faut trouver autre chose. Manifestement, "ils" ont trouvé. Parions que cette soi-disant information va faire le tour des tabloïds du monde entier. Alors, observons comment elle est construite.

2. "On" les accuse d'être hétéros.

Constatons d'abord que le torchon russe qui a sorti cette info rend Détective carrément intellectuel.

Ensuite, demandons-nous qui transmet cette information aux journalistes ? Il s'agit des grands-parents de Yulia, qui habitent quand même le fin fond de la campagne. Il faut dire que ces journalistes prennent leur travail très au sérieux. Ils se sont rendus dans le bled paumé où Yulia passait ses vacances lorsqu'elle était enfant. Et ils ont trouvé les grands-parents.

Pauvres grands-parents de Yulia ! « Ils s'ennuient de leur petite-fille : elle n'a plus le temps de venir les voir et ils n'ont pas envie de faire confiance aux médias lorsqu'ils disent que c'est une homosexuelle ! »

Quant au petit copain - toujours d'après les confidences des grands-parents - il aurait été un bon ami de Yulia lorsqu'elle avait une douzaine d'années. Aujourd'hui, le pauvre va se marier avec une autre fille nommée, parait-il, Irina.

3. "On" montre des photos.

Restent les photos de l'article. Cherchons d'abord une photo du fabuleux "couple", une où on voit à la fois Yulia et le prétendu petit copain. Et bien, il n'y en a pas.

En revanche, il y une photo du présumé boy-friend. Avec deux de ses amis. Et tous les trois, ils ont l'air super fiers. Il est vrai qu'au fin fond de la campagne, on n'a pas tous les jours sa photo sur la première page d'un journal.

Reste la photo de Yulia. Parce qu'il y en a une, quand même. Une que l'on ne peut pas rater puisque Yulia, l'air tout à fait étonnée, est en train de se s'habiller et a les seins nus.

On la regarde hâtivement, un peu honteusement et un peu dégoûté, avec l'énorme commentaire annonçant une dépravation yulianesque, la énième : les journalistes nous ont bien rappelé qu'elle avait été renvoyée [1] du groupe d'enfants Neposedi (où elle était déjà avec Lena mais ça, ils ne l'ont pas précisé).

D'après le commentaire, la photo a été prise lors d'une fête, une fête où Yulia aurait, parait-il, "perdu sa virginité". D'ailleurs on se demande où était le journaliste pour savoir cela. Peut-être caché sous le lit, avec tout le reste de la presse à scandale, qui s'interroge beaucoup sur ces "choses".

Du coup, on observe la photo avec un peu plus d'attention et on voit, à l'arrière-plan, d'autres jeunes filles, elles aussi en train de changer de vêtements.

C'est à ce moment-là que l'on réalise que l'on est dans un vestiaire de filles, et que l'on se souvient : Yulia a fait cinq années de tennis semi-professionnel ; elle appartenait à un groupe d'enfants, qui faisait des représentations. Alors on comprend pourquoi Yulia a l'air étonnée : on vient de la photographier dans un vestiaire de filles ! ! !

Voilà comment on manipule et comment on fait de la désinformation. Soyons honnête : qui ne focaliserait pas sur les seins de Yulia, au détriment de l'arrière-plan ? Cela doit être triste pour elle. C'est une photo manifestement prise sans sa permission, une photo sans doute privée, et voilà qu'elle est utilisée contre elle.

Évidemment, cela vaut la peine de connaître le nom de l'auteur de cet extraordinaire article. Et là, cela devient bizarre : il n'y a pas de nom d'auteur.

4. "On" véhicule la fausse information.

Nous voyons donc que l'information "elles sont hétéros" est basée sur une seule source : "l'interview" des grands-parents de Yulia. Cet "interview" a été réalisé par un individu qui n'ose même pas signer et a été publié dans un journal qu'il est difficile de qualifier de journal.

Cet "interview" est pourtant considéré comme une information par des médias français et anglais, qui la reproduisent allègrement. (cf. article « t.A.T.u. : comment les médias français véhiculent des informations erronées.(part 2) »  : en cours d'écriture.)

5. Conclusion : Pourquoi détruire leur image ?

Demandons-nous quel est le but d'une telle désinformation. Il y a des tas de raisons, bien sûr. Pour l'instant, nous n'en évoquerons qu'une, toute simple. Le titre russe de leur cd signifie « Rencontre à 200 à l'heure ». Il n'y a pas là cette idée d'une "wrong lane/mauvaise voie" que l'on trouve dans le titre anglais. (cf. brève 4 : « 200 po vstriechnoy - 200 km in the wrong lane : pourquoi une traduction "bidon" ? » )

Or, dans leurs textes (et c'est encore plus flagrant dans les textes russes), t.A.T.u. prône l'idée que s'aimer, homo ou pas, n'est pas une "mauvaise voie".


[1] En fait, on lui a demandé de quitter le groupe, ce qui n'est pas du tout la même chose que d'en avoir été renvoyée. Dans le premier cas, il y a "incompatibilité d'humeur". Dans le second, il y a "faute nécessitant un renvoi". Cette nuance n'est pas négligeable : lorsque les médias favorisent la seconde version, leur objectif est de salir l'image de Yulia et non de transmettre une information véridique. (cf. articles : « Yulia : pourquoi s'attaquer à elle ? » ; « Yulia : détruire son image. » : ce dernier article est en cours d'écriture.)


Post-scriptum :

1. Cet article pourrait servir d'introduction à « Yulia : pourquoi s'attaquer à elle ? »

Des prolongements de cet article seraient les articles « t.A.T.u. : Comment les médias français véhiculent des informations erronées. » et « Yulia : les photos détournées de son anniversaire. ».

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